Prix d'art dédié à l'émergence des jeunes artistes contemporains

Quatorzième EDITION

Les artistes

Né en 1995 à Bonoua en Côte d’Ivoire, Assoukrou Poupoint obtient son baccalauréat artistique avec mention, au lycée d’enseignement artistique d’Abidjan. Il poursuit ses études en France, d’abord, en Histoire de l’art et archéologie à l’Université Paris 10 Nanterre la Défense, puis à l’École Supérieure d’Art et Design de Tours, où il est diplômé avec les félicitations du jury. Son travail a été montré dans plusieurs expositions, notamment au Salon d’Automne de Paris 2017 (section Jeunes Arbustes), pour le prix JUVENARS-IESA et pour le prix Paris 1 Panthéon Sorbonne (2021). Cette même année, il est lauréat de l’atelier-résidence aux ateliers de la Morinerie.

Face aux actuels discours prophétiques, des artistes livrent leur propre vision de l’apocalypse. Assoukrou Poupoint représente les nouveaux cavaliers qui menacent notre humanité : la surpopulation, la surconsommation, les technologies… Dans cette gravure, morts et vivants sont liés par une structure filaire mi-organique mi-végétale, métaphore de nos relations à la fois fusionnelles, dominants-dominés et structurelles. Alors, l’Homme va-t-il s’autodétruire ou se sublimer ? « Nous sommes devenus peu à peu indifférents aux quatre spectres qui faisaient trembler nos aïeux : guerre, famine, mort et fléaux. Pourtant, malgré la menace, notre humanisme nous fait prendre conscience des liens qui unissent notre communauté de destin, notre réel désir de résistance et notre volonté de changer. Apocalypse ou apothéose ? »

Assoukrou Aké

L'œuvre

Les Quatre Cavaliers de l’apocalypse torturés par des fleurs.

Gravure sur contreplaqué, cadre en acier, écran de télévision, vidéo de neige VHS. 488 x 246 x 69 cm.

Née à Paris en 1993, Camille Bruat commence ses études à Bourges. Terrain de ses expérimentations, cette ville à taille humaine accueille ses pérégrinations urbaines, nourries par un master en Recherches Arts Plastiques, effectué à Strasbourg. Elle arpente également la nature pour en capturer l’essence, par le dessin. Elle cherche à sculpter la matière et l’espace, mais aussi la lumière et les déplacements. À contre-courant d’une production frénétique, les sculptures-dessins de Camille s’inscrivent dans la lenteur. Leur ampleur traduit l’incapacité à cerner un objet dans le champ visuel. Le spectateur est à la fois débordé et captivé par ce monde vivant et son infini détail.

Camille déconstruit les représentations classiques de la nature qui, d’apaisante, devient un motif figé, inanimé. En approchant le végétal par une vision macro fragmentée, sous la forme d’un kaléidoscope de 45 dessins, disposés sur une imposante plaque d’aluminium, l’artiste évoque à la fois la luxuriance, le rêve, la diversité ou l’abstraction. Des notions clés, qui caractérisent, selon elle, le vivant. Elle oriente le regard du visiteur sur les vibrations propres à l’espace dans lequel le dessin est exposé. Cette large mosaïque, modulable à l’infini, insaisissable, le travail sur la matière, les reflets et des contrastes de noirs révèlent un paysage hors du temps. Une expérience sensible que la déambulation contribue à activer.

Camille Bruat

L'œuvre

Le buisson morcelé.

Pierre noire et graphite, papier, aluminium, acier, aimants, 45 dessins. 305 x 65 cm.

Née en 1990 au Québec, Cassandre Boucher est diplômée de l’Université du Québec à Montréal. Son travail a été présenté dans plusieurs villes nord-américaines, en Australie et en Suisse. Elle a été en résidence au The Fabric Workshop and Museum à Philadelphie, aux États-Unis, ainsi qu’au Ós Textíllistamidstöd à Blönduós, en Islande. Ses projets ont été soutenus par le Conseil des arts et des lettres du Québec (2016 et 2018), ainsi que par celui du Conseil des arts du Canada (2020). Elle vit et travaille à Paris.

Intitulée Suspendus, cette pièce s’inscrit dans une série sur les liens de consommation et de domination que l’être humain entretient avec son environnement. La brutalité de cette scène de chasse contraste avec la délicatesse du support, deux tissus aux motifs de dentelle qui se superposent en transparence. Dans les cultures occidentales, chasser est historiquement associé à une activité nécessaire et indispensable à la vie humaine. Pourtant les scènes de chasse traditionnelle présentent des cervidés morts, exhibés tels des trophées. L’artiste nous rappelle ici la place qu’occupe l’humain dans la nature et sa volonté de contrôle, un rapport ambigu.

Cassandre Boucher

L'œuvre

Suspendus

Acrylique et sérigraphie sur textile, baguette de bois. 78 x 135 cm.

Née en 1986 à Massy, Elsa Ohana est une artiste graveure, agrégée d’Arts plastiques. Elle se forme en gravure aux Ateliers de l’École supérieure d’Art et de Design de Valence et pratique aujourd’hui le dessin contemporain et la gravure au Collectif d’artistes du Château de Verchaus. L’artiste développe un travail autour des micro récits du féminin et de la mémoire. Ses recherches questionnent l’estampe comme mise en forme d’une pensée mobile qui se développe et connaît toutes sortes d’états et de « devenirs ». Ce système, à entrées et sorties multiples, joue avec les fusions en associant empreintes, technique picturale et gravure. Les corps et les lignes forment un récit non linéaire, fragmenté et déroutant. Un monde de relations, de rêves et de doutes qui confronte le spectateur à des images plurielles.

Cette estampe contemporaine, où le graphisme est envisagé comme un réseau de lignes et de liens explore la pensée d’un univers instable, une matière de traits continus ou discontinus. L’association d’éléments disparates évoque, sur le plan plastique, une cascade de cheveux, entre organique, végétal, humain et minéral. Un « cryptogramme hybride » qui oscille entre figuration et abstraction. Lignes du corps, motifs organiques, tourbillons, plissements et concrétions forment une cosmologie intérieure. C’est une invitation à penser les différents liens de nos vies comme rhizome, arborescence ou labyrinthe de nos intimes.

Elsa Ohana

L'œuvre

Fluidités

Impression Fine Art sur papier 350g, réalisée à partir de fragments gravés en taille douce traditionnelle. Oeuvre sur papier. 300 x 60 cm

Née en 1986 à Paris, Guénaëlle de Carbonnières travaille entre Mâcon et Lyon. Son travail est représenté par les galeries Binome à Paris et Françoise Besson à Lyon. Initialement formée en philosophie, elle est agrégée en Arts plastiques et diplômée en Arts et Médias numériques à Paris 1 – Panthéon-Sorbonne. Sa pratique artistique mêle photographie, estampe, dessin, sculpture et installation. Explorant les conditions d’apparition des images, son travail interroge la mémoire collective à travers la notion de patrimoine et l’archéologie. Ses travaux proposent différentes strates de visibilités qui mettent en tension surface et profondeur, latence et présence : superpositions, accumulations, recouvrements, surimpressions et jeux de transparences évoquent le fonctionnement de la mémoire.

Pour faire ressortir ces bâtiments détruits en Syrie, Guénaëlle grave et encre ses photomontages analogiques à partir de fragments d’images. Armé d’une pointe sèche, le geste abîme et sublime l’image en la creusant de sillons qui en font ressortir l’en-deçà. Métaphorique de l’action des archéologues, il questionne également les conditions d’apparition des images. Griffant le support, il fait rejaillir sa matérialité : le blanc du papier apparaît dans le relief des lignes incisives. Car qu’est-ce qui nous relie, dans ces édifices de pierre aux civilisations passées ? Visions recomposées de lieux devenus inaccessibles en raison des conflits, ces paysages semblent en effet appartenir au domaine du souvenir : les vestiges se superposent et s’effacent, soulignant leurs apparitions et destructions successives.

Guénaëlle de Carbonnières

L'œuvre

Creuser l'image

Photographie, dessin et gravure. Accrochage mural. 4 images de 51 x 61 cm.

Julien Comte-Gaz est né en 1987 à Adelaïde (Australie). Artiste plasticien français de 34 ans, il vit et travaille à Paris. Il est diplômé de l’École Supérieure des Arts Appliqués de Toulouse en Architecture d’Intérieur et en Arts Plastiques, ainsi que de l’université Paris I Panthéon Sorbonne en Design. Il travaille à partir de photographies, dont il livre son interprétation par le collage, le photomontage ou encore le dessin. Son travail a été présenté, notamment aux Rencontres Photographiques d’Arles, au Palais de Tokyo, au sein du projet Tempest Under the Mask – ParisAssBookFair, au centre culturel Montévidéo (Marseille) et dans plusieurs foires dont DDessin (Paris), St’Art Art Fair (Strasbourg) ainsi qu’à FotoFever au Carrousel du Louvre.

Avec sa série « Memoria », Julien sauve d’une destruction inévitable des portraits d’anonymes datant de la fin du 19e siècle, pour les mettre en lumière avec un regard contemporain. Dans cette réinterprétation au caractère onirique, l’inquiétante étrangeté attire le regard. Le travail de l’artiste s’impose ainsi comme un lien direct entre deux époques, dont celle de nos aïeux est aujourd’hui révolue. Tel un souvenir qui s’efface, ce visage est partiellement dissimulé pour intégrer l’individu à une mémoire commune. Ce questionnement sur la représentation s’amuse de nos souvenirs et la dépersonnalisation universalise.

Julien Comte-Gaz

L'œuvre

Vortex

 Série « Memoria », 2022. Tirage manuel Cyanotype contrecollé sur aluminium. 50 x 40 cm.

Née à Mulhouse en 1996, Magalie Mobetie est diplômée en 2019 d’un Master Arts, Scènes et Images Numériques à l’Université Polytechnique des Hauts-de-France. Elle propose la même année sa première installation interactive, 0,005m³ d’identités, où des jeunes originaires des départements d’outre-mer répondent à la question : « Qu’est-ce que cela signifie être français d’outre-mer ? ». En 2020, Magalie entre au Fresnoy, studio national des arts contemporains, où elle s’affirme en tant qu’artiste transdisciplinaire. Ses installations interactives, qui associent vidéo, expériences sonores, 3D et témoignages, traitent de l’identité et de l’héritage.

Partie à la rencontre de sa famille en Guadeloupe, Magalie tente de briser une culture du silence : il n’y a pas eu de transmission de l’histoire de la traite négrière et de l’esclavage. Qu’advient-il de cette accumulation de non-dits ? En plaçant sous un arbre, les voix et les doubles fantomatiques de huit parents, elle se réfère à l’arbre généalogique, mais aussi à la figure de l’Arbre de l’oubli, dont les esclaves auraient fait le tour plusieurs fois, afin de laisser derrière eux leur identité et leurs souvenirs. En écho aux recherches en épigénétique et psychogénéalogie, Magalie souhaite aller à contre-sens en invitant chacun à tourner autour d’un nouvel arbre. Accompagné par la voix de l’artiste, qui fait le lien entre ces personnes, le visiteur peut entendre leurs échanges, afin de l’aiguiller sur la recherche de ses propres fantômes.

Magalie Mobetie

L'œuvre

Anba tè, adan kò

Application en réalité augmentée sur iPad Pro avec installation. Boucle sonore. Français, créole. 340 x 340 x 340 cm.

Né en 1989 à Nîmes, Romain Ventura est artiste peintre. Il vit dans le sud de la France. Autodidacte, il crée toutes les apparitions qui peuplent son imaginaire dans son laboratoire intime. Ses peintures prennent leurs sources dans ces myriades d’images issues du quotidien. Après son appartement, ses proches, il peint le monde. Il documente ainsi nos villes, avec un intérêt tout particulier pour les foules d’inconnus qui peuplent ses décors. L’artiste plonge dans leurs intimes solitudes, jusqu’à revenir à son propre environnement, qu’il redécouvre et dont il tente de capter les changements.

Dans cette série, Romain se focalise sur les nouvelles lumières à cristaux liquides qui saturent notre environnement, pour évoquer notre solitude face à un monde qui, paradoxalement, nous pousse à toujours plus de sociabilité. Ces lumières de mobiles nous éclairent différemment. Elles ne tombent pas du ciel à travers une lucarne perçant nos chairs à jour, comme dans un tableau du Caravage. Elles ne proviennent pas non plus de la flamme englobante, généreuse et chaude d’un tableau de Delatour. Ces nouvelles lumières sont principalement bleues et froides, comme surgies des profondeurs afin d’éclairer nos âmes captives. Pour l’artiste, elles symbolisent le lien factice qui nous connecte les uns aux autres, dans cette toile artificielle.

Romain Ventura

L'œuvre

L’Œuvre au noir

Peintures à l’huile sur toile noire. Dimensions diverses.

Née en 1989 en Serbie, Marija Avramovic a obtenu le diplôme Master du Département peinture de Belgrade en 2013, puis un deuxième Master à l’ENSBA, à Paris, en 2017. Né en 1988 au Royaume-Uni, Sam Twidale est diplômé en musique de l’Université de Liverpool. Il est également programmeur autodidacte. Les pièces collaboratives de Marija et Sam suivent un fil de recherche en évolution permanente et s’inspirent de diverses sources culturelles et fictives. À travers des projets animés, des peintures et des installations physiques, ils invoquent la narration (storytelling) et questionnent les relations entre les humains et les non-humains, dans le contexte de la pensée animiste contemporaine. Leur pratique explore aussi les intelligences et les sensoriums extra-humains dans le but de repenser la philosophie de la (re)construction du monde.

Supreme est une « bête monde » habitée par un certain nombre de différentes créatures non-humaines (les Critters). Elle est à la fois un miroir de notre ontologie interconnectée actuelle et une proposition pour une ré-imagination radicale d’un futur symbiotique. Toutes les entités non-humaines de cet univers imaginaire interagissent les unes avec les autres et avec le monde lui-même, en utilisant un réseau neuronal animiste qui leur donne vie. C’est un écosystème virtuel, symbiotique et génératif. Ce projet est un voyage à travers l’animisme futur, le slow thinking (la pensée lente), la narration, la métamorphose et l’imagination mythique. Le duo d’artistes s’empare ainsi de thèmes intimement associés à l’écologie et aux liens extra-humains.

Sam & Marija

L'œuvre

Supreme

2021. Animation en temps réel.

Née en 1993 en République Tchèque, Alžběta Wolfová est diplômée des Beaux-Arts de Paris ainsi que de l’Académie des Arts, Architecture et Design de Prague. S’inspirant du monde laborantin, Alžběta compose des photogrammes sur le thème de la manipulation des spécimens organiques. Dans son laboratoire photographique, elle transpose des procédés de recherche expérimentale. Pour cela, elle retourne aux origines de la photographie, quand trucages analogiques et apparition de la couleur étaient perçus comme des innovations sensationnelles. L’artiste propose de questionner les notions d’animal-machine et de mécanisation de la nature, à travers les mises en scène artificielles.

Grande plateforme flottant à une dizaine de centimètres du sol, l’œuvre est composée de fragments de feuilles de papier photographique, qui s’organisent dans une gradation des teintes du spectre visible. Le projet lie fonctionnement biologique des oiseaux et technique du photogramme. Il rappelle la manipulation des spécimens biologiques. Pour obtenir cet effet brillant et saturé de couleurs, l’artiste suit un protocole méthodologique précis d’enregistrement de la gamme chromatique. Elle utilise des œufs de poule, dans son processus photographique afin d’expérimenter des textures visuelles

Alžběta Wolfová

L'œuvre

La Formule dans l'œuf (ou Le Répertoire, Registre 1)

Ensemble de photogrammes sur papier Fujifilm Crystal Archive. 90 x 185 cm. 2021

Née en 1994 à Saint-Lô, Chloé Jeanne vit et travaille à Tours. Elle est diplômée avec les félicitations du jury de l’EESAB Quimper (2018). Elle entreprend ensuite un post-diplôme recherche au sein de l’ECOLAB (ÉSAD Orléans), ce qui lui permet d’être accueillie au Centre de Biophysique Moléculaire (CNRS Orléans) en tant qu’artiste invitée. Plus récemment, elle a fait partie des 21 lauréats de « Planète solidaire » et a été accueillie en résidence par la Fondation Laccolade.

Les capsules olfactives sont des dispositifs visuels et olfactifs créés à partir des champignons. Elles s’ancrent dans une volonté de proposer de nouveaux modes de connexion entre les êtres. De par sa composition et de par l’usage du mycélium qui, dans son milieu naturel (la forêt) entre en symbiose avec la pierre, autant qu’avec les éléments constitutifs de son environnement, celui-ci invite le spectateur à interroger sa posture et à se (re)connecter aux éléments qui l’entourent. Un dispositif trans-sensoriel qui donne à sentir, voir et percevoir, se faisant médiateur entre le corps du visiteur, sa mémoire, ses émotions et son interaction avec les autres.

Chloé Jeanne

L'œuvre

Capsules Olfactives

Bois, toile de jute, mycélium, pierre de lave, créations olfactives L’Inconnu et Le Familier. 70 x 50 x 30 cm (une capsule). 2021

Née en 1994 à Montluçon, Juliette Alhmah étudie d’abord la psychologie, puis elle intègre le Master Photographie de l’École nationale supérieure Louis-Lumière, dont elle est diplômée depuis 2019. Dotée d’une approche documentaire et plastique, elle aime explorer dans sa photographie les relations humaines et les émotions. Motivée par la transdisciplinarité, elle développe des recherches esthétiques pour se tourner vers une photographie hybride. En 2018, elle effectue un échange avec l’Académie Libanaise des Beaux-Arts de Beyrouth, où les problématiques du regard et de l’éphémère deviennent essentielles dans son travail.

La fin des êtres et des choses hante l’Homme depuis toujours. Les portraits mortuaires matérialisent ce désir originel de conserver, par la conception d’une image, le souvenir des êtres aimé.e.s et perdu.e.s. De là provient l’invention de la photographie. L’image de l’autre est finalement créatrice d’un pont entre les morts et les vivants, car elle vient protéger ces derniers de la vision du cadavre putride qui se décompose et qu’aucune mémoire ne veut garder comme dernière image. Comment, par la fixité d’une image, est-il possible de retranscrire la mouvance du vivant ? Quelle image de l’autre nous habite ? Ces questionnements sont à l’origine de ces portraits éphémères, dont on ne voit jamais le visage, car la lumière du jour vient peu à peu les effacer.

Juliette Alhmah

L'œuvre

Salted Love

18 tirages au papier salé (papier Bergger) 6 x 8 cm. Vidéo. Moulage plâtre de main à taille réelle. Papier à lettre froissé.